Contrôle

(3 tirages jet d'encre pigmentaire couleur 100 cm x 70 cm)

EXAMINER - PESER - CLASSER - VÉRIFIER - ÉVALUER - CADRER -
SCRUTER - MESURER - RECONNAÎTRE - QUANTIFIER - TRACER -
REPÉRER - DÉPISTER - CONTRÔLER - IDENTIFIER - SURVEILLER…

Une société «idéale», des espaces «sécurisés», une gestion «efficace».
A quel prix ?

Le corps ne devient force utile que s’il est à la fois corps productif et assujetti Michel Foucault

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Effrayée par l'augmentation exponentielle du contrôle social étatique sur nos vies, cela faisait longtemps que je voulais travailler sur ce sujet. L'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir n'a fait que confirmer, amplifier et rendre plus visibles une volonté et des pratiques de l'Etat qui ont pour objectif de classer, surveiller et contraindre pour mieux contrôler. Les différents organes de contrôle que sont entre autres la police ou la justice ne sont que les maillons les plus visibles de la chaîne. Tous les domaines sont concernés : travail, école, entreprise, vie intime, télécommunications, media…

Ces thématiques ont été développées précisément par Michel Foucault qui a aussi pu montrer le rôle du contrôle des corps.

En tant que photographe, je ne pouvais pas ne pas évoquer visuellement Alphonse Bertillon qui, employé à la Préfecture de police de Paris à la fin du XIXème siècle, élabore une méthode reposant sur la mesure de certaines parties du corps pour identifier les individus. C'est l'époque de la déportation des délinquants récidivistes et ses méthodes vont permettre de répondre à l'impératif de vérification des identités. Pour plus de détails je vous renvoie à un fantastique article de Pierre Piazza très clair et passionnant : La fabrique « bertillonienne » de l’identité. Entre violence physique et symbolique.

Bertillon c'est le lien à la photographie puisque les deux principales phases du bertillonnage, sont les mensurations et la photographie et c'est aussi le lien entre la science et le contrôle étatique. Aujourd'hui nous n'avons plus Bertillon mais les nanotechnologies, les nouveaux modes de communication qui sous couvert de progrès technique, révolution de l'information et de la communication et de relations sociales simplifiées nous aliènent et rendent notre anonymat chaque jour un peu plus difficile à préserver.

Les photographies de Bertillon constituaient sa base de données. Maintenant ce sont les individus eux-mêmes qui se jettent dans la gueule du loup en allant s'inscrire et étaler des informations personnelles sur Facebook. Dans ce cas précis, on n'est plus dans le contrôle étatique mais dans celui perpétré par les entreprises privés. Ces deux niveaux se complètent de toute façon l'un l'autre et d'autant plus que le gouvernement a le pouvoir de réquisitionner ces informations en cas d'enquête. Enfin, les politiciens sont à la place qu'ils occupent parce qu'ils ont su tisser des liens importants avec les chefs d'entreprises qui comptent et voilà la boucle est bouclée.

Au sujet du manque de confidentialité sur internet, allez lire cet article de l'excellente revue Le Tigre qui a réuni tout ce qu'elle pouvait savoir sur la vie d'un utilisateur de ces fameux “réseaux sociaux” (expression consacrée mais expression de merde) en utilisant tout ce qu'on pouvait trouver sur cette personne sur le net. Ca s'appelle Marc L.

Mais revenons en à nos moutons, c'est-à-dire à mes photos. Ce travail me tenait à coeur mais je ne l'ai pas vraiment traité comme je le voulais. on va dire que c'est une première approche et qu'il faudrait que j'y retravaille. Je voulais quand même présenter ces images parce que cela était prévu dans le cadre d'une exposition collective au Centre d'Arts. Il y a donc trois tirages et le principe était de confronter des lieux représentant le contrôle d'Etat à ces corps scrutés, analysés (avec l'allusion à l'oreille de Bertillon puisqu'il mesurait les oreilles – entre autres – pour pouvoir identifier les individus qui se retrouvaient entre ses mains.)
C'est une première approche et j'aimerais travailler sur des lieux plus emblématiques mais plus discrets. Le problème qui se pose c'est que je me fais systématiquement virer quand je veux prendre des photos de ces lieux et parfois la police relève mon identité. On ne photographie pas impunément certains bâtiments appartenant à l'état apparemment. La police n'a pourtant jamais été foutue de me donner le texte de loi qui préciserait que des bâtiments comme les commissariats, prisons ou centres de rétention ne peuvent être photographiés de l'extérieur. Si un ou une juriste me lit et en sait plus sur ce point je serais heureuse de pouvoir enfin savoir quels sont les droits ou les interdictions dans ce cas car je n'ai pas réussi à trouver des infos précises et cela est assez pénible d'être confrontée à la maréchaussée sans savoir si vous êtes en tort ou pas.