Danse macabre

(6 tirages argentiques 109 cm x 100 cm)

La vie s’écoule.
Le temps glisse, s’enfuit, m’étreint.

Ma danse macabre convie les vieux fantômes de mes angoisses en une ronde incessante et morbide.

De la révolte naîtra le cri
du cri la force et la lutte
et de cette lutte le sens qui n’en ira pas moins se fondre dans l’étape ultime : le néant.

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Une première version de ce projet a été réalisée en 1997 et exposée à plusieurs reprises. Ce travail devait être exposé dans le cadre du festival des Transphotographiques 2005 et à cette occasion j'ai refait des tirages et réfléchi à une autre façon de les présenter en vue d'optimiser leur conservation (problème auquel je n'avais pas du tout pensé au départ) étant donné que le 2ème tirage de chaque série est un exemplaire unique, le travail de transformation de l'image se faisant sur le papier : solarisations, virages, peinture, grattage…
Ce boulot est ma première création d'ampleur. Je voulais évoquer mon rapport à la mort, mon angoisse devant l'absurdité de la condition humaine (dans la droite ligne du théâtre d'Ionesco sur ce thème), mon intérêt pour le phénomène des Danses Macabres à la fin du Moyen-Age (période qui m'a toujours fascinée) et parler de la lutte, qu'elle prenne une dimension métaphysique ou politique.
D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours été affreusement angoissée par la mort. Je me disais que ces angoisses se calmeraient peut-être avec l'âge, peu à peu, mais absolument pas. La plupart du temps, j'essaie juste de l'oublier pour pouvoir vivre avec.

Je voulais aussi évoquer la quête du sens : le sens de nos actes, le sens de la révolte, de la vie, l'angoisse et la détresse qui peuvent découler de cette incertitude, du chemin que nous avons à tracer jour après jour pour construire de l'éphémère, juste de l'éphémère.
Dans la forme, c'était aussi un petit hommage à ceux qui m'ont fait vibrer artistiquement, ceux qui m'ont révélé la puissance émotionnelle de l'art quand j'arpentais les musées ou glanais des informations à droite et à gauche en novice : Francis Bacon bien sûr, Arnulf Rainer, Munch…

Je suis très satisfaite du résultat auquel je suis arrivée, que ce soit la version de 1997 ou celle de 2005. Ce premier aboutissement fut pour moi un tournant parce que j'ai commencé à comprendre que mon regard pouvait être digne d'intérêt. Je pouvais avoir un discours qui m'était propre et mon esthétique pouvait s'inscrire dans une histoire de l'art et de la photographie tout en conservant son particularisme. Il était quand même parfois troublant que les gens devinent aussi facilement les artistes qui m'avaient inspirée au premier coup d'oeil sur ces tirages.
Mais le résultat m'a plu et j'ai pris confiance en moi.

Ce projet représente donc une première victoire sur les barrières mentales que je m'étais construites pour me persuader que ma place n'était pas dans le domaine artistique, dans la création. J'ai alors commencé à comprendre que j'avais des choses à dire, à partager, qu'on pouvait avoir envie de jeter un coup d'oeil sur ce que je faisais. Que je pouvais continuer.
A ce titre je reste très attachée à ce travail et il représente une étape très importante pour moi.