Parcours

Parfois quand je me retourne et que je regarde en arrière je vois plein de zig-zags, des collines, des failles, des précipices mais dans l'ensemble j'ai quand même l'impression que ça monte.

Ci-dessous un texte que je trouve assez drôle et qui m'a été écrit par un proche.

ninachani est née sur les bords d’une mer froide, les yeux bien ouverts (un peu trop même) en 1972. Pour atténuer le choc d’un réveil si près de la mer du Nord, ses parents, néocolonialistes éclairés (occurrence rare et douteuse) l’emmenèrent en Algérie. Elle vécut quelques années douces et déterminantes à Annaba.

Après quelques tergiversations parentales bien compréhensibles, la famille augmentée entre temps d’un petit frère geignard revint dans cette belle ville de Dunkerque - puisqu’il faut la nommer - célèbre pour son carnaval et… pour je ne sais quoi d’autre d’ailleurs.
Mais, c’est isolée dans un petit village des Flandres éloigné du port de pêche, que ninachani grandit et apprend à faire de ses grands yeux aux orbites profondes des chercheurs de vie et de souffle, cruellement absents de son enfance flamande dans une famille étouffante. En effet, à la maison, l’ambiance patriarcale de rigueur use... (un peu au début et beaucoup à la longue).

Pourtant, malgré son sens aigu de la guerre d’usure, de l’opiniâtreté déplacée et du coup d’éclat (voire du coup tout court), l’homme du foyer apprécie les prises de vue photographiques : la famille, les oiseaux, les veaux, les vaches. On croirait un baba-cool ! Il partage d’ailleurs avec son unique frère (oncle de notre artiste bien-aimée) le goût de la photographie puisque celui-ci est photographe officiel dans l’armée (pas vraiment baba-cool...). Il a même édité quelques ouvrages de propagande à la gloire de notre grande et belle armée française (muette mais capable de dire tant de conneries parfois).
C’est donc favorisée par cette ambiance propice au développement personnel et à la détente que ninachani empoigne ses premiers objectifs en 1995 ; et elle continue à ce jour.

Son oeuvre peut se diviser en deux parties :

La première est constituée de ses déambulations planétaires. En effet, de peur d’être rattrapée par la campagne flamande, elle arpente le monde en séjours curieux. Fuir l’enracinement mortifère pour essayer de retrouver l’enfance et la rêverie algériennes. Par cette révélation précoce de l’altérité, le regard occidental a été déréglé. Ejectée du tourisme, elle quête dans l’autre une part de sa vérité. Comme pour faire avec ses photos d’aujourd’hui la netteté sur le passé.

L’autre part de son oeuvre gravite autour des obsessions issues de la part sombre d’enfance : la violence au corps, la mort, la condition de la femme. Et la pellicule, le négatif, le papier et le spectateur deviennent réceptacles de ces histoires personnelles, de ces préoccupations fondamentales.

Politique, émotive, ninachani construit de ses nostalgies, de ses peurs, de ses désirs une œuvre brûlante. L’héritage d’une histoire que la photographie tente de faire partager, de gré ou de force.