Le féminisme a été d'abord pour moi une libération et une réapropriation.

Ce ne fut absolument pas le sujet de mes premières indignations ou prises de position, loin de là. Il y a encore quelques années je ne me serais jamais définie comme féministe, pour la simple et bonne raison que je ne l'étais pas, que je ne savais pas exactement ce que ça voulait dire et que j'en avais même une image plutôt péjorative comme une bonne partie de la population, le discours anti-féministe ayant bien réussi à gangrener l'image d'un mouvement qui se veut avant tout un mouvement de libération.

Cette découverte tardive est aussi la suite logique de la prise de conscience de ma propre aliénation vis-à-vis de ma famille, de mon éducation merdique et des dysfonctionnements personnels qui en ont découlé. J'ai pu me rendre compte des liens qui m'entravaient grâce à une démarche psychanalitique que j'ai entamée il y a maintenant de longues années. Sans cela je pense que j'aurais pu continuer à me leurrer encore longtemps sur ma pseudo liberté et la soi disante maîtrise de ma vie.

Tout cela a fait que j'ai pu alors commencer à interroger ma place dans la société, ce qu'on attendait de moi en tant que femme, les contraintes qui me pesaient, mon rapport au corps, à la sexualité, mon rapport aux hommes, à la séduction ou à la non séduction, la violence, la contrainte, les critères de beauté, les dépendances alimentaires et affectives, les concepts de féminité, de mixité, de genre, les discriminations. Et tout ceci ne s'est pas fait que par la théorie. C'est parce que toutes ces violences faites aux femmes j'en avais été aussi victime ou témoin, que je pouvais comprendre, faire des aller-retour et échanger.
La découverte du féminisme ce fut aussi la redécouverte d'espaces et de moments de non-mixité voulus et organisés et de la solidarité, de l'échange entre femmes qui est à la base de l'organisation collective nécessaire pour une reprise en main de notre corps, de notre identité et de nos désirs.

Il y a quelques années avec une petite équipe, nous avons fabriqué un fanzine non mixte qui s'appellait Basta! Le premier n° était sorti à la fin de l'été 2005 et je l'avais conçu seule. Je voulais essayer de trouver d'autres femmes qui étaient intéressées par le projet. Le deuxième n° est sorti en décembre 2005. L'équipe de rédaction était composée de 4 femmes majoritairement issues de l'ancien collectif anti-patriarcat de Lille. Notre but est de permettre à des femmes de tous horizons de partager ce qu'elles écrivaient, chantaient, dessinaient etc... et de trouver en Basta! un espace d'expression, d'information ou d'échange.
Nous avons mis en ligne le n°2 sur Indymédia. Une grande partie des réactions ont été agressives, et ont eu pour objet la critique du choix de la non-mixité. Ce ne fut pas une surprise et nous nous en expliquions dans la présentation du fanzine en lui même étant donné que nous avions anticipé ces réactions.