Le Cercle de Jafar Panahi

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affiche du film Le Cercle

Je suis complètement fascinée par le cinéma iranien et la culture iranienne plus globalement. En général dès qu'un film iranien sort en salle je vais le voir.
Le Cercle a été réalisé en 2000. C'est un film fascinant tout d'abord par son scénario et sa fluidité parce qu'on passe d'une histoire à l'autre de manière très subtile à chaque fois. Les événements s'enchaînent et s'attachent à chaque fois plus précisément à une femme qu'on rencontre au hasard de l'histoire. C'est comme un passage de témoin d'une femme à l'autre. On entre dans son histoire particulière sans introduction et on en ressort en s'attachant à une autre femme. Ce sont des histoires sur la condition des femmes en Iran. La structure même du film est construite en cercle puisque la femme que l'on appelle au téléphone alors que les autres sont en prison, est aussi celle qui avait accouché au tout début du film.

Johnny got his gun de Dalton Trumbo

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affiche du film Johnny got his gun

Ce film est assez insoutenable à voir mais il est aussi indispensable. Il m'a complètement traumatisée. C'est une adaptation du roman du même auteur qui a été publié en 1939. Dalton Trumbo était un sympathisant communiste victime du Maccarthisme et inscrit sur la liste noire des Dix d'Hollywood. Le film a été réalisé en 1968. Le personnage principal, Joe Bonham, est un jeune Américain qui part combattre sur le front pendant la 1ère Guerre Mondiale. Il est touché par un obus et se réveille à l'hôpital. Progressivement, il prend conscience que tous ses quatre membres ont été amputés, qu’il est défiguré, aveugle, sourd et muet, seul son cerveau demeure intact. Il ne peut plus communiquer avec l'extérieur. Le spectateur entend à la fois les discussions des soignants dans la chambre et les pensées du mutilé. On entend ses monologues intérieurs exprimer de façon abrupte ses peurs, ses angoisses et ses interrogations sur ce qui se passe autour de lui. Parfois ses rêves ou ses souvenirs d'avant la guerre viennent entrecouper le présent. L'esthétique générale (que ce soit la lumière ou les plans) est très sobre et accentue l'impression de solitude et de désespoir qui se dégage des scènes à l'hôpital. Les médecins vont utiliser Joe Bonham comme sujet d'expériences. Il finira par réussir à communiquer avec une infirmière par l'intermédiaire du toucher sur son torse. La fin est terrible et m'a glacée d'effroi. C'est un film magistral sur la guerre, le patriotisme mais aussi sur l'euthanasie, la solitude et l'inhumanité.
Le titre a été traduit en français par Johnny s'en va-t-en guerre
Un article intéressant sur le film ici.

Samson et Delilah de Warwick Thornton

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affiche du film Samson et Delilah

Premier film réalisé par un aborigène sur les aborigènes, Samson et Delilah a obtenu la Caméra d'or du meilleur premier film au festival de Cannes en 2009. C'est un des meilleurs films que j'ai vu l'année dernière. C'est donc le premier long métrage de Warwick Thornton qui était chef opérateur auparavant. Le chef opérateur en cinéma est la personne qui s'occupe entre autres de la lumière. Sur ce film Thornton a été réalisateur et chef opérateur à la fois et le traitement de la lumière qui en résulte est magnifique. Me viennent directement à l'esprit deux scènes précises : celle où Delilah observe Samson en train de danser le soir devant sa maison et celle où il est dans le fauteuil roulant au milieu de la route, barrant le chemin à la camionnette qui l'éclaire de ses phares. L'histoire est celle de deux adolescents qui vivent dans une petite communauté dans le désert du centre de l'Australie. Samson passe son temps à sniffer de l'essence et Delilah s'occupe de sa grand-mère invalide qui peint des toiles traditionnelles pour survivre. Ils tombent amoureux et, suite à la mort de la grand-mère de Delilah, ils fuient pour la ville.
La folklorisation et l'exploitation de la culture aborigène, la violence de la communauté mais encore plus du monde des Blancs, l'exclusion, le racisme, la drogue, tout est traîté de manière frontale mais sobre. C'est un regard de l'intérieur, d'un membre de la communauté aborigène sur ses frères, et leur lente descente dans la misère et la déchéance. Il y a très peu de dialogues et quand il y en a ils sont pour la plupart en warlpiri, une des langues aborigènes. Dans le film, le salut passera par la communauté d'origine et le retour aux racines. On est loin du folklore et de l'exotisme. Ce film est éminemment politique dans le sens où Thornton parle de sa communauté, pour sa communauté. Il est le relais et le passeur de cette histoire, de cette culture et de cet univers aborigène dans ce pays où les Blancs sont venus les coloniser, les exploiter et auraient pu les faire disparaître. Mais c'est aussi une histoire universelle où les dominés parviennent néanmoins à devenir maître de leur destin et dans laquelle tous les peuples colonisés pourront se reconnaître.
Dans une petite interview passionnante, Thornton évoque le film, les communautés aborigènes et parle un peu de lui. Sur le site de Télérama, se trouvent quelques extraits du film.